La protection de l’environnement est aujourd’hui une préoccupation affichée par quasiment tous les citoyens et l’ensemble de la classe politique. On parle désormais de croissance verte et de développement durable.

De tous temps, la nature a été célébrée et mythifiée (parfois assez naïvement)  par les artistes, que ce soit  à travers la peinture, la poésie, la littérature…

Aujourd’hui, cette Nature fantasmée  est utilisée par le marketing et  la publicité. On invente une nature qui oscille entre un décor discret pour nos vies, à l’instar des parterres de fleurs sur les ronds point, et  une « Nature-Spectacle » que l’on viendrait admirer en famille le dimanche après-midi. Une Nature sans mauvais temps, sans boue, sans mouches ni moustiques et sans odeur… Une Mère Nature qui serait (à l’image de la Femme, autre mythe contemporain) belle, douce, silencieuse, pacifiée et bienveillante…

 

 

Dans le même temps, 13 millions d’hectares de forêts disparaissent chaque année, l'équivalent de la surface d’un terrain de football toutes les quinze secondes.

En France, se pose le problème de l’artificialisation des terres ; tous les sept ans, c’est l’équivalent d’un département qui disparait sous le béton des lotissements, zones industrielles, lignes TGV et autres projets d’aéroport.

 

Une séparation de plus en plus nette semble s’opérer entre ce qui relève du naturel et de l’humain.

 

Ainsi se développent des parcs nationaux où il faut payer pour venir observer ce doux spectacle de Dame Nature… Et dont l’entrée se transforme parfois en immense fête à Neuneu où l’on peut acheter des porte-clefs en forme d’écureuil ventripotent… La nature y devient un objet de consommation comme un autre.

D’un autre côté la généralisation des préoccupations écologiques et leur utilisation prennent des airs de grande mascarade ! Ainsi, à Notre Dame des Landes, on nous vend un projet d’aéroport à Haute Qualité Environnementale ; les voyageurs pourraient y acheter des carottes bios à de gentils producteurs locaux…Bien sur, on ne mentionne pas  les 1650 hectares de terres agricoles qui disparaitraient sous le béton. On ne s’interroge pas sur le sens de la création d’un nouvel aéroport à l’heure où les ressources en pétrole diminuent comme peau de chagrin…

                                                

L’idée des autoportraits m’est venue lors d’un séjour en Corée du Sud ; à l’entrée d’un parc national, il y avait des grands panneaux de bois sur lesquels étaient peints des ours noirs d’Asie. Un trou était découpé à l’emplacement de la tête pour que les visiteurs puissent y mettre leur visage et se faire photographier ainsi, avec un corps d’ours.

 

Cela m’a paru très symbolique de l’absurdité de cette forme de rapport à la nature : on passe deux heures dans la forêt,  on fait des photos, on repart avec son portrait en ours et son écureuil ventripotent… Sans remettre en question son propre mode de vie et surtout le système économique, politique et social dans lequel il s’inscrit.

 

Alors, me peindre des taches léopards sur le visage et me photographier dans un bout de forêt, c’est choisir de mettre en lumière ce rapport à la nature et d’en montrer toute l’absurdité ! Et d’inviter à réfléchir à l’absurdité de la « logique » consumériste, fondement de nos sociétés capitalistes.

D’une part, je veux montrer que la nature, telle qu’elle est représentée à travers la publicité, la communication mais aussi, bien souvent, au travers des arts, est une nature fantasmée à tel point qu’elle en est inventée ! A partir de là, pourquoi ne pas assumer complètement et aller jusqu’à la créer de toute pièce !

D’autre part, c’est une critique de l’usage qui est fait de la nature et de la problématique écologique. Plus qu’une hypocrisie, cette instrumentalisation du naturel est une vaste mascarade à laquelle j’ai choisi de donner corps avec mon masque de gentil canard. Ces costumes, faits de papier mâché, de draps peints ou de bouts de parapluie donnent des photographies absurdement drôles au premier abord. Mais finalement, elles sont à l’image de nos sociétés ; désespérément ridicules, absurdes jusqu’au tragique.

2012
Série de 11 photographies format 75X110, tirage Fine Art encadrées et contrecollées.